Ah ! Les cons ! S’ils savaient...

Rapport de mission n° 137
Date de la mission: Septembre 1938
Agents :

Un militaire allemand est assassiné au quai d’Orsay alors qu’il tente de délivrer un message au gouvernement français. La BMS va intervenir avec les services secrets britanniques dans une de ses plus dangereuses missions, pendant la signature des accords de Munich...

Avant-propos

Deux tendances historiques sont rappelées :
-  D’une part, une longue histoire de concurrence et de guerre larvée entre les services français et l’Ahnenerbe.
-  La recrudescence des affaires en 1938 (une dizaine d’affaires rien que dans les six premiers mois, dont de très sérieuses confrontations avec le Mythe).

17 septembre 1938

Alors que l’actualité est cristallisée par la rhétorique nazie, la BMS est contactée en urgences au matin du 17 septembre pour aller enquêter sur un « incident » au Quai d’Orsay. Sur place, il semble qu’un officier allemand ait été reçu en pleine nuit par un chef de cabinet adjoint du Ministre, un certain Roger Garatier. Ce dernier a sauté par la fenêtre pour échapper à une vision qui l’a rendu complètement fou. Dans le bureau, Lucienne Gilbert, la sténo, a été tuée (détruite serait peut-être une description plus exacte - sa nuque a été brisée par un choc extrêmement violent) en même temps que l’officier allemand (lacérations multiples, visage tuméfié). Au sol, un large disque d’une espèce de morve solidifiée s’est brisé alors que le plafond porte des traces de griffures qui semblent correspondre à ce que des cornes auraient laissées comme traces - pour une créature de 3m de haut !
Les archives de l’accueil du ministère indiquent que l’officier allemand s’appelle Konrad Mueller. Diplomate, il s’agit un Lieutenant-colonel de 54 ans qui est arrivé la veille par un vol de la Lufthansa. Ces mêmes archives confirment que Mueller a déjà été reçu par le Quai en février et en mai 1938. Les notes de la sténo indiquent que Mueller prétend contacter le gouvernement français de la part de Beck, le chef d’état-major de la Wehrmacht pour enjoindre les Français à se montrer intraitables vis-à-vis du coup de poker d’Hitler concernant les Sudètes. Face à un durcissement de l’Angleterre et de la France, Beck affirme que Hitler devra reculer (les affirmations quant au niveau martial de la Wehrmacht sont très exagérées selon lui) et que cette reculade lui coûtera le soutien populaire dont il bénéficie. En réponse à cette perte de confiance, Beck se dit prêt à entreprendre un coup d’Etat contre le chancelier. Selon ces notes, un autre diplomate allemand doit rencontrer l’ancien ministre des affaires étrangères anglais, sir Anthony Eden, un des représentants les plus virulents du courant belliciste au Royaume-Uni.

Contactant son homologue britannique, le commissaire K., le commissaire principal Laspalès emmène ses hommes à Londres par la voie des airs pour tenter d’intercepter l’autre diplomate allemand. A Heathrow, K. partage des informations dont il dispose sur l’Ahnenerbe : si Himmler dirige cette société, la partie exécutive est sous les ordres du vieil ennemi Goessler. De plus, une branche d’actions extérieures a été fondée, la Karotechia, pour récupérer des objets occultes dans le monde entier - et tenter des coups de mains de temps en temps contre les Etats concurrents de l’Allemagne.

Selon les informations disponibles à la Chambre des Communes, Eden a rendez-vous à dix heures avec un certain Werner Braumst. Eden est rapidement localisé dans son club de gentlemen et pris en charge par les services britanniques. Braumst, quant à lui, est récupéré par la BMS, qui tente de le mettre à l’abri en l’évacuant de Londres. Les mesures préventives de la BMS n’auront pas été suffisantes, un démon immense s’attaque aux véhicules. La panique qui s’ensuit donne lieu à une confusion coupable, une balle perdue tirée par l’inspecteur Beauchamp atteint Braumst en pleine tête. Le démon semble analyser la situation - sa mission étant remplie d’une manière inattendue, il disparaît, au travers d’un large disque de morve solidifiée qui se brise au bout de quelques secondes. La confusion atteint son comble lorsque l’un des chauffeurs manque d’écraser l’inspecteur Jousse...

Le recoupement d’informations avec K. - qui dispose d’un artefact extrêmement rare, un Witch Finder - semble indiquer qu’une cellule dormante de la Karotechia a été activée et agit actuellement pour miner les actions de Beck. K. souhaite utiliser le Witch Finder pour éliminer cette menace intérieure et propose de le prêter au gouvernement français pour éliminer la cellule dormante qui ne doit pas manquer d’exister aussi sur le continent. La thèse d’une Karotechia puissante qui cherche à compenser la faiblesse relative de la Heer (armée de terre allemande) semble se confirmer...

Au vu de l’envergure de l’affaire, le président du Conseil Daladier tient à rencontrer lui-même Laspalès. Le commissaire principal est convoqué en compagnie d’Albert Sarrault (Ministre de l’Intérieur) et de Gamelin. Si ce dernier est plutôt tenté par l’option de l’action d’éclat, le réalisme de Daladier refroidit les ardeurs bellicistes du coq gaulois : l’armée de l’air française est à la traîne et l’enjeu actuel (l’intégrité de la Tchécoslovaquie, un pays si récent...) ne justifie pas d’aller à la guerre seul. L’appui anglais sera indispensable, en particulier pour la puissance de la Navy et pour l’approvisionnement des troupes françaises en pétrole. Resté à Londres, le commissaire Dumort reprend contact avec un survivant de l’Aube Dorée, l’honorable A. E. Waite. Ce vieillard, relique d’une époque révolue, aiguille les réflexions de Dumort sur le monde astral. L’apparition et la nature du démon indiquent de manière franche qu’un sorcier puissant - ou une divinité - contrôle ces créatures depuis le monde astral.

Les accords de Londres, le lendemain, confirment que le gouvernement anglais n’est pas prêt à la guerre totale avec l’Allemagne pour la Tchécoslovaquie. L’Allemagne nazie a gagné, elle sera une. Toutefois, le Witch Finder utilisé en France n’indique rien. La cellule a regagné l’Allemagne - ou le démon aurait-il été contrôlé depuis outre-Rhin ?

25 septembre 1938

En Angleterre, la BMS bénéficie d’une nouvelle rencontre à haut niveau pour espionner les activités du monde astral. Cet espionnage confirme qu’un démon écoute aux portes des conversations feutrées des dirigeants de l’Entente Cordiale. Toutefois, il semble bien que ce démon soit contrôlé, non pas par un sorcier en Angleterre, mais par une divinité depuis l’Allemagne. Comment les nazis ont-ils pu s’adjoindre les services d’une divinité du Mythe ?
Le 28 septembre 1938, en réponse à la proposition d’une convention à Munich par Mussolini, Sarrault répond en convoquant le concours de la BMS pour un déplacement qui s’annonce très dangereux.

29 septembre 1938

Venus armés comme des croiseurs, les agents de la BMS prennent contact avec la démesure de la propagande nazie. En route, ils avaient fait grise mine en constatant que les Messerschmitt n’avaient aucune peine à suivre l’Amiot français. En pleine conférence au Führerbau, Dumort s’aperçoit que Daladier, en vision astrale, est comme vampirisé par une épine noirâtre et pulsante d’une lueur rouge maladive. Après avoir retiré cette épine - sous le prétexte d’une séance de massage revigorante - Dumort constate, depuis le toit de l’hôtel, que deux auras colossales sont visibles en périphérie de Munich. Les nazis de la Karotechia contrôlent des dieux ! Si Daladier se sent mieux, les agents de la BMS ont le moral dans les chaussettes. Même après avoir repoussé une attaque du démon au prix d’une lame enchantée, le défi semble de taille... K., de son côté, a fait venir un expert de l’occulte, un Indien ayant avec lui l’œil d’Ashnâpûr, une gemme permettant de voir dans le monde astral. Le pauvre perdra décède d’une "attaque cardiaque" avant que la conférence commence pour de bon - il a surement été vu par un horrible créature qu’il voulait lui-même détecter, et sa maîtrise de la magie ne lui a servi à rien devant la puissance de la créature . Au final, la BMS décide de faire parler la poudre.

En se rendant sur le lieu de la divinité qui semble avoir affecté Daladier, la BMS tombe sur une section de SS, qui protège trois prêtres de l’Ahnenerbe. En vision astrale, une zone rituelle moderne est occupée par une monstruosité colossale d’une hideur batracienne révoltante et le démon tente de panser la plaie infligée par la dague enchantée de Dumort. La BMS réussit le coup de poing : les prêtres sont éliminés prestement, les soldats un peu moins aisément. Lanquetot commence peut-être à développer un syndrome d’invincibilité alors qu’une trentaine de balles tirées sur lui à bout portant l’épargnent d’une manière spectaculaire. La mort ne veut donc toujours pas de cet agent... En revanche, les agents sont durement touchés même s’ils ont réussi à casser la relation entre les prêtres et la divinité. Le vieux commissaire Laspalès est blessé assez superficiellement de trois balles mais qui lui font conclure qu’il est décidément "trop vieux pour ces conneries".

En se rendant sur le deuxième site où une divinité est tenue en laisse par la Karotechia, l’opposition semble encore plus coriace. Les nazis craignent cette créature et ont prévus des fusils anti-char en plus des armes automatiques. Si Goessler, présent sur le site, rend la cible tentante, il existe deux inconnues de taille : un large bâtiment contiendrait-il des soldats en plus de ceux visibles à l’extérieur ? Et la divinité, une fois libérée de l’emprise des nazis, s’en prendra-t-elle à eux ou pourrait-elle massacrer sans distinction Français et Allemands ? Devant la dangerosité de la situation, les agents de la BMS battent en retraite. Ils ont tué la première créature qui contrôlait sur le lieu de la conférence le démon serviteur qui influait l’esprit de Daladier. Mais la seconde créature, toujours en action, a pu contrôler son serviteur invisible qui visiblement tenait l’esprit de Chamberlain... Comme Daladier le révèle aux agents, il a tenté une manœuvre de dernière minute en proposant aux anglais un refus - mais Chamberlain a menacé de laisser la France se débrouiller seule militairement dans ce cas ! Les accords de Munich sont signés pendant la nuit, consacrant l’ascension du petit caporal à la tête d’une Allemagne avide de revanche.
Une nouvelle ère commence.

Dans l’avion qui se pose au Bourget, le président du conseil Daladier écoute longuement les paroles de Laspalès blessé qui lui parle des services secrets nazis et de leur utilisation du mythe de Cthulhu. Au sol la foule est là. Il s’attend à être conspué... mais découvre au contraire qu’on vient l’acclamer. L’ambassadeur Alexis Léger et les agents de la BMS l’entendent alors prononcer "Ah, les cons ! S’ils savaient..."

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