L’après-midi d’un faune

Rapport de mission n° 122
Date de la mission: Octobre 1936
Agents :

Dans la région de Reims secouée par des conflits sociaux, un chêne centenaire pousse en une nuit au milieu de l’allée du chateau de la famille Loucheux, des industriels locaux. Les soupçons de la BMS se porteront rapidement sur le jardinier, mais l’enquête sur la famille Loucheux leur fera découvrir un sombre secrêt...

Extrait du carnet de notes de l’inspecteur Charles Legrasse
Octobre 1936

L’équipe de la Brigade Mobile Spéciale est composée par :

-  Achenar Dumort, commissaire,
-  Antoine Moulin, inspecteur principal,
-  Philippe Evrard, inspecteur principal,
-  Arthus de Laffère, inspecteur chef ,
-  Charles Legrasse, inspecteur stagiaire, 1ère mission.

L’inspecteur Achenar Dumort, matricule n°12, vient d’être promu, après trente ans de boîte au rang de commissaire, tout comme les inspectrices Luzet et Valois. Le commissaire Dumort part enquêter avec les inspecteurs Moulin et Evrard suite à une dépêche sur le télégramme général de police du jour : Près de Reims, dans le jardin du château de Verzy, un chêne centenaire a poussé en UNE nuit !

Je me trouve non loin du lieu avec l’inspecteur De Laffère, en tant qu’inspecteur stagiaire. J’ai été recruté par la BMS, en partie à cause de mon métier. Je suis antiquaire et j’ai eu entre les mains divers objets dont je n’ai pu expliquer ni la provenance, ni la culture, ni l’âge. La plus part d’entre eux me sembler être le résultat d’esprit détraqué. Suite à un contact avec un revendeur, qui me semblait très pressé de revendre un objet bien étrange, j’ai mis la police sur le coup et ce fut à ce moment là que la BMS m’a contacté. Je ne sais toujours pas la raison pour laquelle ils auraient besoin de moi, alors que je ne suis pas policier, peut être pour des expertises d’objets retrouvés au cours d’enquête.

Mon supérieur direct, l’inspecteur Laffère reçoit l’ordre de se rendre à Reims pour participer à l’enquête. Il conduit notre voiture dans cette ville, sur la place de la cathédrale où nous retrouvons le commissaire Dumort et ses deux inspecteurs principaux. Nous nous restaurons dans un café de la place et j’écoute la conversation de mes nouveaux collègues sur cette étrange histoire du chêne ayant poussé en une nuit au milieu d’une perspective monumentale d’une château. J’en profite pour observer mes collègues, certains sont de vieux briscards.
-  l’inspecteur Evrard est boiteux, manchot,
-  De Laffère est un peu sourd,
-  Le commissaire Dumort, la quarantaine, tout de blanc vêtu, une canne à la main, gants blancs, un cigare, le regard un peu sombre tout de même. Il porte un bouc et a les cheveux grisonnant,
-  Moulin avoue mal maitriser les armes à feu mais apprécie les livres puisqu’il porte avec lui un livre à couverture en cuir, qui est un « petit traité du latin à travers les âges ». Son arme de prédilection est la grenade. Il porte de petites lunettes.

Nous décidons d’aller voir la police de Reims qui est déjà allé sur place. Le commissaire Piquet, de la brigade mobile locale, nous reçoit en manches de chemise, bretelles, assis sur son bureau, entrain de regarder des photos de criminels. Pour lui, cette affaire est certes insolite, mais sans crime : il a d’autres chats à fouetter. Néanmoins nous apprenons que le château de Verzy appartient à la famille Loucheux. Le chef de famille, Raymond Loucheux, est un industriel, fabricant notamment des pièces détachées d’artillerie, et possède plusieurs usines dans la région. C’est M. Loucheux qui a prévenu la gendarmerie du phénomène étrange.

Sans rapport aucun, il a dû faire face à des grèves dans ses usines récemment car il n’appliquait pas la loi sur les 40h de travail par semaine. Lors de la 1ère grève, l’occupation a eu lieu par des femmes (car l’usine était celle des femmes). Cette grève a été menée par une certaine Irène Martin, syndicaliste de la CGT (socialiste donc) mais elle est méprisée par les leaders hommes, bien qu’étant sûrement plus compétente qu’eux. C’est ce que l’on nomme une « forte gueule ». Les ouvrières ont séquestré des cadres administratifs, saccagé les bureaux et le vol d’un coffre a été effectué, même si ce dernier fut retrouvé plus tard (le 25 Mai). Cette découverte fut faite par Noël Roynet, un professeur de sciences naturelles à la retraite, qui se promenait en forêt où il a trouvé le coffre. Une chose troublante est que l’on a retrouvé à l’intérieur tout l’argent et les papiers. De plus, fut retrouvée dans l’humus, non loin de là, une clé en bronze polie, une pièce d’art médiévale. C’est le gendarme Foissac, de la gendarmerie de Varennes-en-Champagne qui a fait cette découverte lorsqu’il ét&ait guidé sur les lieux par M Roynet. Cette clé a été consignée dans cette même gendarmerie.
D’autres grèves ont eu lieu dans la région dans les usines Loucheux, la dernière s’étant terminée tragiquement puisqu’une charge des gendarmes mobiles a fait 2 morts parmi les ouvriers. Le leader syndicaliste de cette usine se nomme Henry Maigret et appartient à la CGTU (affilié communiste).

Nous sortons un peu intrigués de la police de Reims et poursuivons nos recherches. L’inspecteur Moulin part rechercher le guide Michelin local, tandis que d’autres agents vont aux archives départementales. Nous apprenons ainsi que le château appartient à la famille Loucheux depuis son achat par Hyppolite Léon Loucheux, père de Hector, père de l’actuel Raymond Loucheux. Cet achat a eut lieu en 1833, mais le château fut construit sous Louis XV par un noble nommé De la Rigaudére. Evrard prend en photo les plans du château, au cas où.

Le cadastre ne nous apprend que très peu de choses, que les voisins sont des paysans et que la famille Loucheux possède des hectares de forêt champenoise.

La presse locale nous apprend qu’en 1918, Loucheux a été mêlé à un scandale sur des marchés publics d’armement, mais a été acquitté. Il a perdu ses deux fils pendant la guerre, morts au champ d’honneur, et en a profité pour montrer son patriotisme en s’affichant à toutes les réunions, un brassard noir autours du bras et en rappelant sa tristesse et le prix qu’il a dû payer à cette guerre.

Après cette journée d’enquête, nous allons nous sustenter dans un restaurant gastronomique local prendre un bon repas bien arrosé puis nous rendons pour la nuit à l’hôtel du « gai laboureur ». Manque de chance l’inspecteur Evrard, quelque peu éméché, envoie sa voiture dans le fossé, occasionnant quelques bosses à ses occupants... La traction avant est confiée à un garagiste et nous devrons nous contenter que d’une seule voiture pour la suite de cette enquête.

Le 6 Octobre 1936 :

Nous nous dirigeons vers Varennes-en-Champagne et sur le chemin, les feuilles d’automne tombent en masse, une brume automnale se lève, un cerf traverse la route, c’est très bucolique comme vision.

Une fois arrivés à destination, nous nous dirigeons vers le bar du village où nous rencontrons le gendarme Foissac (un peu de ventre, 45-50 ans, petite moustache). Nous l’invitons à nous faire voir la fameuse clé qu’il a trouvé et le raccompagnons à la gendarmerie. Il nous y fait voir la clé qu’il a trouvé près du coffre et nous l’interrogeons plus en détail sur cette affaire. Il a constaté que le coffre n’a pas été forcé, simplement ouvert, sans effraction. Il y avait à l’intérieur environ 100 000 francs. Cette découverte a été faite le 25 Mai par M. Roynet. Quant à la clé, rangée dans une boîte en carton,c’est une grosse clé d’environ 20 cm de long, d’un métal au reflet cuivré, poli, de type médiéval, ciselée sur l’ensemble de sa surface avec des dessins de feuilles de chêne, des glands, et divers dessins symbolisant la nature. Cependant, elle ne ressemble en rien à de armoiries à la française, d’après mon expertise, ou alors elle a été faire par un artiste très original.

Il nous apprend que pour nous rendre chez le professeur Roynet (lieu-dit "D’en Comas") nous devons emprunter le chemin communal numéro 4.

Nous nous rendons ensuite au domicile de M. Roynet, au lieu-dit "D’en Comas" en prenant le chemin communal n°4. Guidés par le curé, nous trouvons la maison et nous nous amusons à la vue du jardin taillé au cordeau avec une grande méticulosité. Le professeur a la soixantaine et lors de notre introduction dans la maison, il nous demande de porter des patins aux pieds. Nous comprenons vite que l’homme est complètement maniaque ! Suite à notre discussion à propos de la découverte de la clé, nous la lui montrons et il décide, avec notre accord, d’en faire une photo. Cependant, après que l’effet du flash se soit dissipé, la clé a disparu dans un halo bleu de lumière ! Roynet est aussi choqué que nous mais nous lui réquisitionnons son appareil photo.

Nous exigeons d’aller avec lui vers la forêt à l’endroit où a été trouvé le coffre. Les animaux que nous croisons nous observent, puis partent sans inquiétude aucune. Nous parvenons à la clairière mais ne découvrons rien de particulier. Bizarrement, l’inspecteur de Laffère qui a une peur bleue des arbres (pour une raison que j’ignore), se sent bien à l’intérieur de cette forêt. De plus, lors de mes recherches, je me suis assoupi au pied d’un arbre.

Nous retournons à la maison de M Royet, que nous décidons de fouiller de fond en comble tant celui-ci nous semble bizarre. Dans son jardin, nous trouvons l’ensemble des espèces cultivables dans la région, et elles sont cultivées selon une méthode optimisée. Dans la chambre, nous tombons sur un indice intéressant. Ce maniaque consigne toute sa vie sur des carnets, jour par jour, heure par heure, et nous apprennent que le 25 Mai, dans le coffre, il y avait un télégramme daté du 05 Mai 1918, et adressé à Raymond Loucheux. Nous l’interrogeons alors s’il se souvient du contenu du télégramme. Le maniaque a fort heureusement une mémoire prodigieuse et se souvient du contenu. Un militaire de l’état-major nommé Grenier lui écrivait qu’ « un ami du bureau des effectifs, le commandant Dieuval est d’accord pour un arrangement et que cela aurait lieu à l’état major de Paris ».

Après avoir soigneusement noté tous ces renseignements, nous nous rendons alors au château voir cet étrange chêne, objet principal de notre enquête. Un type, prénommé Hervé, (gros barbu jovial en chemise, cheveux et barbe noire) nous ouvre les grilles d’entrée. C’est le jardinier. Nous découvrons alors le chêne, difficile à manquer en plein milieu de l’allée du parc ! Nous en prenons une photo avec l’appareil de M. Roynet mais rien ne se passe, avec ou sans flash...

Un majordome prénommé Jean-Michel et parlant avec un cheveu sur la langue, nous ouvre la porte du château. M et Mme Loucheux sont dans le grand salon. Mme Loucheux nous sert l’apéritif, et se sert un grand verre d’alcool qu’elle boit assez vite : elle a surement un goût prononcé pour les apéritifs... Parmi le personnel je recense Hervé le jardinier, embauché il y a 3-4 mois, deux dames de maison (Kalinka, une polonaise, et Monique), M. Jean-Michel et Mme Romaine Chapelle (le majordome et sa femme). Autour du château, il y a une forêt avec plusieurs chemins, ainsi qu’un parc avec un kiosque pour un orchestre. Dans le salon, où nous sommes passés, je questionne Mme Loucheux sur ses fils disparus et sa fille mais M. Loucheux m’interrompt, demande à sa femme d’aller se reposer et élude la question. Le commissaire Dumort me colle une taloche... Loucheux parle alors avec le commissaire et échange quelques mondanités, se plaignant du gouvernement en place.

Nous décidons de repartir du château. Hervé se trouve à la grille. Lorsque nous le croisons, il nous donne l’impression de sortir d’un tableau baroque avec ses cheveux et sa barbe en bataille et ses muscles noueux. Kalinka le rejoint pour lui apporter de quoi manger mais lorsque nous repartons, dans le rétroviseur, le commissaire voit ressortir une autre personne jeune femme qui n’est pas Kalinka ! De plus, suite à mon « interrogatoire » sur les fils et fille de M Loucheux, le commissaire m’a mis deux taloches (injustifiées comme nous le verrons plus tard).

De retour à Reims, nous développons les photos et sur celle de la clé, nous découvrons avec stupéfaction qu’il y a un petit nain en train de la saisir !!! Il porte à sa ceinture un trousseau d’autres clés, une petite épée, et est vêtu de vêtements médiévaux en cuir. Nous sommes muets d’étonnement ! Le commissaire pense que quelque chose d’inhabituel a lieu dans ce bois et décide d’y retourner.

Nous retournons à la clairière dans la forêt sans le professeur de sciences naturelles. Nous décidons d’y passer la nuit en faisant un feu pour ne pas mourir de froid. La nuit tombée, je remarque au loin, de petites lumières vertes, qui volent dans les airs, sans que leurs mouvements ne soient naturels. Le commissaire et Evrard partent à leur rencontre et en revenant nous avouent avoir vu des fées ! La fatigue et le calme de la forêt aidant, nous nous endormons. Nous sommes réveillés par l’inspecteur Moulin à l’aube, et derrière lui nous voyons comme une brume bleue autour des arbres. Mais nous sursautons en découvrant qu’il y a deux inspecteurs Moulin, celui qui nous a réveillé, et un autre endormi là où il s’est couché la veille ! Ne sachant que faire, nous le réveillons et son double disparaît alors !

Le 7 Octobre 1936 :

Le commissaire Dumort et l’inspecteur principal Evrard, les deux plus anciens de la BMS, tombent d’accord pour dire que le jardinier Hervé leur semble louche. Direction le château où Hervé nous accueille. Nous allons dans sa cabane de jardinier afin de lui montrer la photo du lutin chapardeur de clé, il répond ne pas le reconnaître. A ce moment très précis, le commissaire, la voix forte, demande à Hervé qui il est réellement mais ce dernier ne répond pas à la question. J’apprendrais plus tard qu’en fait le commissaire avait fait usage du sort de domination sur Hervé mais a échoué ! Nous lui demandons ses papiers, qu’il dit avoir au château. Moulin, Eveard et moi-même l’y accompagnons. Mais en remontant le long de l’allée, une voiture nous croise, attirant notre attention, moment propice pour Hervé pour disparaître ! Nous avions juste tourné notre regard, et il s’est volatilisé comme par enchantement...

La voiture est celle du docteur du village car Mme Loucheux s’est réveillée complètement hébétée, dans un état de stupeur. Le commissaire accourt à son chevet et parvient à calmer la pauvre femme et son mari nous apprend qu’elle est comme cela depuis la nuit dernière. M. Loucheux exige à ce que le commissaire les accompagne à l’hôpital. Le reste de la BMS en profite pour fouiller la maison. Nous découvrons alors une photo du parc, prise il y a une dizaine d’années, avec un arbre dans l’arrière fond, qui ressemble à s’y méprendre à celui qui a mystérieusement poussé dans le jardin ! Nous partons à la recherche de l’endroit où l’arbre se trouvait sur la photo et découvrons à cet emplacement une vieille souche d’un arbre mort. Autre trouvaille : dans la chambre de Mme Loucheux, nous découvrons une bouteille artistiquement décorée, avec à l’intérieur une liqueur de couleur verte. Nous subtilisons la bouteille.

De retour de l’hôpital, M Loucheux a fait venir deux policier privés, des « casseurs de grèves » pour assurer sa sécurité comme celle de son épouse.

Nous prenons la décision d’aller à l’usine des femmes afin de parler avec cette Irène Martin, pour l’interroger au sujet du coffre. Elle se méfie des policiers et nous défie ouvertement, et nous dit que les ouvrières n’avaient pas pu ouvrir ce très lourd coffre, n’ayant pu le trainer que sur quelques mètres dans le bureau où il était. Il aurait alors disparu pendant la nuit ! Nous allons dans le bureau du directeur où se trouve le coffre, restitué depuis par la police, afin de nous rendre compte de son poids et étant donné qu’il faut être plusieurs afin de le soulever, il est très étrange que ce vol se soit déroulé sans attirer l’attention des grévistes, même la nuit !

A la pause des ouvrières, nous discutons avec certaines d’entre elles mais les vraies révélations seront obtenues au bar avec les plus jeunes, loin des oreilles des anciennes ouvrières qui leur mettaient la pression. Ainsi, nous avons appris qu’Irène n’est plus la même depuis son nouvel amoureux, qui bizarrement est un gros barbu ressemblant à Hervé...

Nous décidons ensuite de faire des recherches sur le passé de Raymond Loucheux. Nous téléphonons à nos collègues de la BMS à Paris qui nous apprennent quelques heures plus tard qu’il avait un frère (décédé en bas-âge), 2 soeurs dont une, Antoinette est toujours vivante, domiciliée à Lyon avec son mari et ses enfants. Il a eu également 3 enfants, Fabrice et Romain décédés au champ de bataille et Sibille (née en 1896). Cette dernière travaille à Clamart dans un hôpital comme infirmière. Elle est la veuve d’Antoine Cassin (brancardier de son état). Ils se sont mariés à Annelais en Champenois en Mai 1917, le jour de ses 21 ans donc à sa majorité, mais est devenu veuve le 16 Septembre 1918.

Après nous être restaurés, nous décidons d’aller à Annelais en Champennois, qui se trouve au nord de Reims. Nous prenons conscience que cette ville est proche de l’ancienne ligne de front. Le maire de l’époque dit très bien se souvenir de ce mariage, lors duquel il n’y avait qu’un témoin pour chacun des mariés : une infirmière du nom de Sandrine Girard et un brancardier du nom de Marcel Maitre.
Nous repassons au château de Loucheux et questionnons le majordome qui nous indique que Sibille s’est engagée dans la croix rouge en 1914. Antoine Cassin était un poète, étudiant en droit, ayant finit 1er au concours général de philosophie de l’académie de Reims. Cependant M Loucheux s’opposait à cette union. Afin de mieux connaître Antoine, nous nous rendons au cercle littéraire de Reims, mis n’y trouvons rien de particulier. Dumort décide alors de partir à Clamart où nous fouillons en son absence l’appartement assez spartiate de Sibille. Seul un portrait d’Antoine trône dans la pièce en présence des copains de l’hôpital de campagne, pendant la guerre.

Alors que la journée prend fin, nous allons au 3ème bureau des effectifs (archives militaires) pour nous renseigner sur l’adresse des témoins de ce mariage. Sandrine Girard habite Reims, et Marcel Maître dans le XXème arrondissement à Paris. Nous réveillons ce dernier au milieu de la nuit. Il nous raconte le mariage de Sibille et d’Antoine. Une offensive est arrivée arrêtant la fête... Il nous apprend aussi qu’en 1914, Antoine Cassin a été réformé pour constitution chétive mais s’est engagé volontairement comme infirmier. En 1917, après son mariage, le médecin Major Lebris l’a viré pour incompétence et la commission de réforme est revenue sur la décision. Elle était présidée par un certain commandant Dieuval... Il a été ensuite affecté dans une compagnie disciplinaire d’un régiment d’infanterie en 1918. Étrangement, juste après son départ pour l’infanterie, du matériel médical est arrivé en abondance dans leur hôpital de campagne, alors qu’ils manquaient de tout et que Lebris se battait perpétuellement auprès de la logistique pour obtenir des fournitures... Très intéressés par le récit de M. Maître, nous lui demandons d’en faire une déposition et partons dormir.

8 octobre 1936

Dès l’aube, fouillant plus en avant les archives militaires, nous découvrons que la mort d’Antoine Cassin est due à un tir trop court de l’artillerie française. Une enquête a été menée mais classée secret militaire. On résume l’histoire à Laspales et le ministre de la guerre nous permet d’avoir accès au dossier qui nous révèle que le colonel Verdier commandait le régiment où a été affecté Cassin et a ordonné par écrit au capitaine Lamoureux, qui commandait une batterie d’artillerie, de tirer sur ses propres lignes.

Nous repartons ensuite pour Reims et allons voir Sandrine Girard, l’autre témoin du mariage, qui nous raconte la même histoire que Maitre. Sibille était très amoureuse et elle lui a raconté qu’ils avaient gravé leurs initiales dans un arbre... Nous fonçons au château où le jardinier a disparu. Le majordome nous confirme cette histoire d’initiales gravé sur un arbre. Et nous découvrons que ces initiales gravées se trouvent aussi sur l’arbre nouvellement poussé !

Les agents de la BMS comprennent qu’il y a là une vengeance surnaturelle dans l’air : Sibille se venge contre ses parents qui ont intrigué pour faire tuer celui qu’elle aimait. Le commissaire Dumort et l’inspecteur Evrard nous font aller à la clairière qu’ils soupçonnent être un passage vers un autre monde. Nous buvons alors la liqueur verte. Nous nous assoupissons et nous nous réveillons dans la même clairière, à la différence qu’elle est un eu moins accueillante. Selon Dumort et Evrard, nous sommes dans le monde du rêve.

Nous en avons vite la confirmation : en face de nous se trouve un Zoog, une créature fantastique, qui nous observe. La végétation est luxuriante et nous nous éloignons de la clairière. Nous voyons le ciel, une bête volante, qui a l’air interloquée de nous voir mais nous lance un filet afin de nous piéger. Elle rate ses cibles. Evrard blesse la bête et Arthus lui subtilise sa dague, la blesse avant qu’elle ne prenne la fuite. Nous montons alors au sommet d’un arbre et voyons la créature se diriger au sommet d’une colline sortant de la forêt. Nous y distinguons d’ailleurs une habitation.

Les agents décident de s’y rendre. C’est à ce moment que le commissaire Dumort m’apprend que nous sommes dans ce qu’il appelle le monde du rêve et que les rêveurs expérimentés peuvent altérer l’environnement de leur rêve, ce qui, concrètement, lui permet de faire apparaître une épée dans sa main en se concentrant, tandis qu’Evrard fait matérialiser une arbalète !

Nous nous dirigeons vers la colline, et y trouvons un chemin en colimaçon pour la gravir. Au bout du chemin, nous trouvons une cour pavée creusée dans la roche, autour de laquelle sont creusées une grande caverne et une petite niche garnie de barreaux dans laquelle nous trouvons enfermés Mme Loucheux et un homme en uniforme d’officier de l’armée française. Ils sont terrorisés et gardés par 6 petits humanoïdes au nez crochu que Dumort qualifie de Gobelins, ainsi que par un horrible chien à 2 têtes enchainé à un piquet au centre de la cour. Devant cette vision d’horreur, Arthus de Laffère devient fou et sa folie modifie le rêve en cauchemar : un arbre se transforme en sombre rejeton de Shub Niggurath ! C’est la panique dans nos rangs, aussi bien que chez les gobelins. Mais Laffère se ressaisit et jette un sort de contrôle sur la créature, qu’il réussit. Il lui ordonne de faire le ménage chez les gobelins et le chien à deux têtes, qui sont proprement occis... Sort alors d’une caverne, la bête volante et un homme serpent. Le sombre rejeton tue l’homme serpent et Evrard tue la bête volante d’un coup d’arbalète.

De Laffère ordonne ensuite au Sombre Rejeton de quitter les lieux. Nous pouvons délivrer Mme Loucheux et le militaire qui se révèle être le commandant Dieuval, qui dit s’être réveillé ici après avoir bu un café servi par sa secrétaire... A l’intérieur de la caverne, il y a des livres écrits dans un langage inconnu et une boule de cristal à l’intérieur de laquelle se trouve l’image de Sibille, tout de noir vêtue, tel une princesse des ténèbres. Elle semble essayer de communiquer mais disparaît à la vue d’Evrard.

Puis, guidés par Dumort et Evrard, nous quittons cette colline et traversons la forêt pour nous retrouver dans des champs cultivés. Nous suivons un chemin le long d’une rivière où nagent de magnifiques poissons argentés et arrivons dans une ville merveilleuse nommée Ulthar, la ville des chats, entourée de murailles colorées en jaune. Nous sommes entrés dans la ville et je me souviens de ses ruelles étranges et accueillantes, ainsi que de la place centrale sur laquelle se trouvait une tour.

Epilogue

Nous nous réveillons dans la clairière où nous nous sommes endormis. Nous partons pour Paris pour retrouver Dieuval. On le fait témoigner devant le juge qui met en accusation les 2 généraux qui ont couvert la mutation d’Antoine Cassin. Dans le mois suivant, les militaires ont été virés et Loucheux, bien que condamné légèrement par la justice, voit sa réputation (et sa fortune) ruinée.

Quelques jours plus tard, en sortant de la BMS sur les quais de la Seine, nous sommes hélés par un bouquiniste qui ressemble fort à Hervé le jardinier. Il nous remercie pour l’aide apportée à Sibille, quitte son étal, descend un escalier vers la Seine et disparaît. Sur l’étal se trouve un livre magnifique à la couverture décorée de pierreries. Il est intitulé « RÊVE » qui nous permettra sans nul doute de nous guider dans l’exploration de cette dimension mystérieuse que l’on appelle le monde du rêve.

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